EDCm : Un actif potentiel d’un milliard de dollars pour la compétitivité climatique du Canada

L’océan joue un rôle primordial dans la régulation du climat à l’échelle mondiale. Il est le plus grand puits de stockage de carbone sur Terre. Ainsi, il stocke 45 fois plus de carbone que l’atmosphère et 20 fois plus que les plantes terrestres et le sol réunis. L’océan a d’ailleurs déjà absorbé 40 pour cent des émissions de combustibles fossiles et 90 pour cent de la chaleur excédentaire, et il continue d’absorber annuellement 30 pour cent des émissions excédentaires de dioxyde de carbone.

C’est ce qu’implique l’élimination du dioxyde de carbone marin (EDCm). L’EDCm consiste en une série de méthodes qui amplifient ou accélèrent les processus naturels (biologiques, physiques et chimiques) de l’océan en vue de réduire le carbone dans l’atmosphère et de le stocker en toute sécurité dans l’océan. Parmi les exemples d’approches de l’EDCm, on retrouve l’amélioration de l’alcalinité des océans, la fertilisation du fer, la descente et la remontée artificielles des eaux et des techniques électrochimiques.

Il ne sera donc pas surprenant que le Canada soit bien positionné pour tirer profit du potentiel de l’EDCm, car il possède le plus grand littoral du monde, une longue histoire en sciences océaniques, en recherche et en développement technologique, une infrastructure marine mature et un écosystème d’innovation dynamique. Mais quelle est donc cette possibilité? C’est la question à laquelle répond une étude récente menée par Supergrappe des océans du Canada et cofinancée par un consortium d’organisations de partout au Canada.

La possibilité vient de deux leviers : l’atténuation des changements climatiques et la croissance économique.

Atténuation des changements climatiques

L’étude estime que l’EDCm offre le potentiel d’éliminer 130 tonnes métriques de carbone de l’atmosphère par année d’ici 2050. Pour situer ce chiffre dans son contexte, cela représente environ 15 pour cent des émissions de carbone actuelles du Canada et 40 pour cent de la capacité durable d’élimination du carbone dont le Canada aura besoin pour respecter l’objectif de 1,5 degré de l’Accord de Paris. De plus, si les absorptions peuvent être incluses dans les contributions déterminées à l’échelle nationale (CDN), c’est-à-dire les engagements pris par le Canada en vue de réduire les émissions de gaz à effet de serre, l’EDCm peut aider considérablement le Canada à respecter ces engagements. Au-delà des réductions des émissions, certaines approches de l’EDCm pourraient également aider le Canada à réaliser d’autres avantages, comme la réduction de l’acidification de ses océans, la protection des habitats marins et le soutien de la résilience côtière.

L’EDCm peut ainsi grandement apporter sa contribution au Canada dans l’atteinte de ses objectifs en matière d’atténuation des changements climatiques en réduisant des émissions nettes, en développant une capacité d’élimination du carbone à grande échelle, en respectant ses engagements internationaux en matière de climat et en aidant considérablement le Canada à passer à une économie à faibles émissions de carbone.

Croissance économique

L’EDCm offre également la possibilité de contribuer de façon significative aux perspectives de croissance économique du Canada par la création d’emplois, la croissance du PIB, l’investissement en capital et la transition de la main-d’œuvre. L’étude estime que d’ici 2050, l’EDCm pourrait :

  • Créer 90 000 nouveaux emplois permanents directs à travers le Canada, ainsi que des emplois indirects qui pourraient probablement être du double de ce chiffre. Cela représente environ le tiers de l’emploi total actuel au Canada dans le secteur des technologies propres;
  • Accroître le PIB du Canada de 16 G$, soit environ le tiers de l’économie océanique actuelle du Canada;
  • Attirer plus de 30 G$ d’investissements en capitaux nationaux et étrangers;
  • Contribuer à la création de nouvelles occasions d’investissement et d’exportation

Pour mettre en perspective les projections économiques de l’EDCm, le secteur canadien des services publics d’électricité emploie actuellement environ 100 000 personnes à travers le pays, attire plus de 22 milliards de dollars en investissements de capitaux et contribue pour 35 milliards de dollars au PIB du Canada; soit des chiffres semblables aux projections pour l’EDCm d’ici 2050. Ainsi, le secteur de l’EDCm au Canada en 2050 pourrait être aussi grand que le secteur des services publics d’électricité l’est aujourd’hui.

En bref, l’EDCm est non seulement bien aligné pour le Canada, mais il peut également contribuer de manière significative à la réalisation d’objectifs stratégiques du Canada en matière de compétitivité climatique, de transition vers une économie à faibles émissions de carbone et de croissance économique. L’EDCm doit donc être activement soutenu de manière responsable et équitable.

L’EDCm en est encore à ses débuts et nécessite une action catalytique de la part du gouvernement, du secteur privé et des collectivités pour transformer l’avantage initial du Canada d’être un chef de file mondial de l’EDCm en un avantage durable.

De : Akash Rastogi, Directeur principal de la stratégie de capital, Canada’s Ocean Supercluster