Investissements dans la main-d’œuvre du Nord pour stimuler les économies locales et l’innovation océanique durable

Publié le 7 juillet 2026 | Hilltimes

Par : John Vandenberg, directeur général, Arctic Marine Training Group, et Jeffrey Ungalaq Maurice, vice-président – Partenariats, Arctic Economic Development Corporation

L’Arctique canadien n’est plus une préoccupation politique lointaine; il est désormais au cœur de la souveraineté, de la sécurité et de l’avenir économique du pays. Alors qu’Ottawa fait avancer la modernisation du NORAD et une nouvelle stratégie industrielle de défense, le gouvernement doit également reconnaître que la sécurité de l’Arctique ne peut être dissociée des gens, des infrastructures et des communautés qui concrétisent la présence du Canada dans le Nord. La récente réunion du Comité de partenariat entre les Inuits et la Couronne à Kuujjuaq, au Québec, a rappelé de façon importante que le partenariat avec les Inuits n’est pas périphérique à ce programme : il en est le fondement. Avec plus de la moitié du littoral canadien situé dans l’Arctique, dont 72 pour cent se trouve dans l’Inuit Nunangat, les ambitions maritimes du Canada dépendront d’investissements soutenus dans les infrastructures, la formation et le développement de la main-d’œuvre dirigés par les Inuits.

La Supergrappe de l’économie océanique du Canada (OSC) a récemment commandé le rapport « Arctic Insights » (2026) afin de cerner les occasions et les obstacles concrets dans le secteur océanique du Nord et de clarifier le rôle le plus efficace que la OSC, ainsi que la communauté océanique dans son ensemble, peuvent jouer pour favoriser la croissance et l’innovation dirigées par le Nord. Il n’est pas surprenant que le rapport identifie d’importantes lacunes en matière d’infrastructures comme l’un des obstacles les plus persistants au développement économique du Nord.

Les ports et les infrastructures à double usage sont essentiels pour libérer le potentiel de l’économie maritime de l’Arctique canadien. Le rapport souligne plusieurs possibilités d’investissement, notamment le port en eau profonde de Qikiqtarjuaq et la proposition de port et de route de la baie Grays, qui pourraient soutenir les pêches, le tourisme, la défense et le réapprovisionnement des communautés.

Les investissements dans les infrastructures à double usage et dans la formation maritime et commerciale axée sur les communautés peuvent créer des débouchés pour la main-d’œuvre inuite locale. Le rapport identifie les « préalables scolaires et le financement » comme des obstacles majeurs pour les Inuits souhaitant entreprendre une carrière maritime. Les communautés de l’Inuit Nunangat sont désireuses de développer les pêches, le transport maritime, le tourisme, la surveillance environnementale et les infrastructures à double usage. Les jeunes Inuits, qui constituent la population connaissant la croissance la plus rapide au Canada, offrent une occasion de bâtir une main-d’œuvre nordique qualifiée. Toutefois, l’éducation, la formation, le financement et les systèmes de prestation de programmes sont souvent fragmentés et mal adaptés aux réalités du Nord.

Selon Statistique Canada (2023), « les Inuits sont plus susceptibles de vivre dans certaines régions géographiques, ce qui peut avoir une incidence sur leur participation à l’éducation formelle », environ 23,7 % des Inuits vivant dans l’Inuit Nunangat détenant un diplôme d’études postsecondaires, comparativement à 52,8 % des Inuits vivant à l’extérieur de cette région. Les préalables conçus dans le Sud sont souvent mal adaptés aux réalités de l’Arctique, les centres de formation sont surchargés et de nombreux apprenants doivent parcourir de longues distances, ce qui touche particulièrement les femmes et les jeunes parents. Le rapport « Insights Report » propose une voie à suivre ancrée dans la communauté, la culture et l’innovation. L’éducation devrait s’harmoniser avec les possibilités réelles et respecter les perspectives et les rythmes locaux.

Le développement de la main-d’œuvre devrait commencer tôt, grâce à des programmes de double reconnaissance de crédits au secondaire qui allient l’apprentissage théorique à des occasions pratiques dans les carrières maritimes, les métiers, le numérique ou d’autres compétences. Des soutiens essentiels comme les services de garde, le logement, la sécurité alimentaire, les subventions de voyage et les services de santé mentale doivent être intégrés à la conception des programmes pour améliorer les taux de participation et d’obtention de diplôme. Le rapport souligne que la formation doit être axée sur la communauté et inclure des instructeurs locaux, complétés au besoin par des instructeurs itinérants, des unités mobiles, des programmes saisonniers et des partenariats avec des organisations inuites. Cette approche permettra de créer des environnements d’apprentissage accessibles et culturellement pertinents qui renforcent les capacités locales et la croissance à long terme en appuyant les instructeurs et les mentors de la région.

Le développement de la main-d’œuvre devrait être positionné comme un pilier central du programme d’innovation océanique du Canada. La souveraineté, la sécurité, l’intendance environnementale et la croissance économique dépendent toutes des gens — les gens d’ici — qui sont formés, soutenus et habilités à diriger.

Le rapport « Arctic Insights Report » exprime une chose très clairement : investir dans l’infrastructure à double usage, l’éducation inuite et la formation dirigée par les Inuits n’est pas seulement la chose à faire; c’est l’un des investissements océaniques les plus intelligents que le Canada puisse faire. En adoptant une approche axée sur la communauté, dirigée par les Inuits et ancrée dans la culture, le Canada peut contribuer à bâtir une main-d’œuvre qui renforcera la souveraineté de l’Arctique, soutiendra les économies locales et orientera durablement l’innovation océanique pour les générations à venir.